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Les métamorphoses d'un parc historique

Si, au cours des siècles, la pro­priété des châtelains changea souvent de visages, elle garda toujours son double caractère d'être une "maison des champs" - disons une résidence secondaire - et le centre d'une exploitation agricole. Pour répondre à cette seconde fonction, la basse-cour (distincte de la cour d'honneur ou haute cour) comportait des bâtiments utilitaires : pressoirs, colombier, granges, étable, écurie et vastes greniers, auxquels s'ajoutait tout ce que réclame une économie en circuit fermé : forge, laiterie, foulerie, bûcher, etc. La vie des châtelains se déroulait ailleurs, dans les apparte­ments raffinés du château et dans le parc qui, dès le XVIe siècle, s'habilla à la mode du temps.

chateau des Romé

 

À vrai dire, il faut attendre le XVIIIe siècle pour en connaître le dessin. Un plan géométral de l'époque montre un jardin à la française, déroulé comme un tapis au pied de la façade nord du château où réside Louis Pierre de Rome, premier marquis de Vernouillet (1670-1747). Des plates-bandes symétriques s'ordonnent autour d'un bassin circulaire d'où s'élève un jet d'eau. Des bordures certissent les massifs et, descendant de chaque côté, un labyrinthe décou­pe la silhouette sombre de ses buis taillés. Un fossé, doublé de haies vives, clôt la propriété en une courbe parfaite. Tout respire ici l'ordre et la discipline car le châtelain exerce sur le paysage la même autorité que sur ses enfants.

Château des Romé, côté parc    
     

1735 Famille Romé

 

Avec un peu de chance, on peut les rencontrer ici. En 1735, voici Anne Louise (15 ans) et Louise Hermine (9 ans) passant de courtes vacances à Verneuil - elles sont pensionnaires chez les Dominicaines de Poissy avant de se cloîtrer pour toujours dans un couvent. Leurs frères, Charles Louis (13 ans) et Albert Marie (5 ans) écoutent avec attention leur oncle Salaberry expliquer le fonctionnement des canons, placés dans parc en glorieux trophées. L'Ancien Régime se termine si tragiquement à Verneuil qu'un changent de décor s'impose.

1735, Albert Marie et Charles Louis de Romé avec leur oncle Vincent de Salaberry  

L'Ancien Régime se termine si tragiquement à Verneuil qu'un changent de décor s'impose. En 1806 nouveau châtelain, le comte Hervé de Tocqueville, remplace le jardin à la française par un parc à l'anglaise selon la théorie, inspirée de Rousseau et mise en œuvre par le marquis de Girardin dans son domaine d'Ermenonville. Puisque la nature livre à profusion ses beautés - sa verdure, lumière, reliefs - il convient de les inclure dans le jardin. Fidèle à ces principes, M. Tocqueville se fait paysagiste et dessine un parc dont nous admirons encore aujourd'hui le travail. Dégageant la longue perspective descendant vers la Seine, il y étend la prairie, la découpe par des sentiers sablés et aménage tout autour des bosquets et des bois.

 

Tocqueville dessine sont parc

    1806, Hervé de Tocqueville dessine son parc à l'anglaise
     

Ici quelques arbres rares, tulipier, catalpa, voisinent sans façons avec des marronniers, des tilleuls et des saules. Là une allée traverse un petit bois puis s'élargit en une clairière ronde. Dans la douceur de l'Île-de-France, la nature offre ici un lieu de paix et de liberté. Les aînés du comte de Tocqueville ; Hippolyte et Edouard, sont en âge d'apprécier la transformation du parc. Le petit Alexis y fait ses premiers pas, tandis que ses cousins Chateaubriand, Louis et Christian, respectivement en 1790 et 1791 s’y exercent à l’équitation.

 

Dessin Vital

   

Dessin accompagnant le mémoire de travaux faits par Vital dans le jardin anglais de M. De Tocqueville jusqu'au 24 juin 1806

     

Chateaubriand parc

 

Le visiteur qui goûte le plus intensément les charmes de Verneuil est François René de Chateaubriand quand il séjourne chez M. de Tocqueville, tuteur de ses neveux orphelins. Si, dans les salons du château, l'écrivain est capable de composer de tête les vers d'une tragé­die intitulée Moïse, comment n'enten­drait-il pas les Muses l'inspirer dans la solitude des sous-bois ? La tradition veut qu'il ait écrit à Verneuil quelques pages des Mémoires d'outre-tombe, sur la table de pierre, aujourd'hui dis­parue. Le fait est plausible car, s'il attendit 1822 pour s'adonner à l'œuvre, il en commença la rédaction dès 1809, époque à laquelle il venait souvent à Verneuil.

Chateaubriand compose dans la solitude du parc    

Aussitôt la monarchie rétablie, M. de Tocqueville quitte Verneuil, confiant son domaine à un gérant à qui il adresse maintes recom­mandations. Parmi elles, retenons au moins celle-ci qui ne manque pas de piquant aujourd'hui : "M. Rennes aura soin qu'il ne s'in­troduise aucuns enfants dans les parterres et parc du château." Et le maître de conclure : "En suivant ta marche que j'indique, chacun sera à son poste et les choses iront bien." De fait, lorsqu'en 1817, la comtesse de Mortefontaine, Suzanne Louise le Peletier de Saint-Fargeau, achète les 600 hectares que compte le domai­ne, elle voit que tout va bien et sait que Verneuil adoucira ses malheurs. Satisfaite du cadre champêtre que le parc offre à sa vie mondaine, elle y multiplie les bancs, fait construi­re de pittoresques abris en ron­dins, imagine un kiosque aux vitraux colorés et au toit en pagode, où l'on boit le thé dans des porcelaines de Chine, au milieu des magots et des chinoiseries. Depuis la mort de son mari, Léon de Mortefontaine, désarçonné par un cheval vicieux en 1814, elle entoure ses deux petites filles, Marguerite Louise (5 ans) et Suzanne Aglaé (3 ans) d'une affection inquiète. Défense leur est faite de monter jamais à cheval mais, à Verneuil, elles peuvent jouer à la fermière dans une chaumière que leur mère a fait installer.

Suzanne Aglaé, devenue comtesse de Talleyrand Périgord, restera fidèle à l'interdiction et organisera pour ses enfants, Marguerite et Archambaud, des promenades en voiture à âne. Il faudra pourtant attendre la généra­tion suivante pour voir les jeunes princes et princesses de Ligne, Louis, Mélanie et Ernest, caracoler dans le parc et les Bois de Verneuil, où l'allée des Princes rappelle leur souvenir.

 

cadastre 1821

    Sur le cadastre de 1821, le parc se compose de terre, près et bois d'agrément

Ainsi, de siècle en siècle, de généra­tion en génération, le parc de Verneuil retentit des cris et des rires des enfants des châtelains. En 1929, une fonction non moins noble fixa pour toujours son destin : le château devint une école et le parc s'ouvrit à des milliers d'enfants. L'espace encourageant les construc­tions, à mesure que croissait le nombre des élèves, des bâtiments sortirent de terre, assez distants les uns des autres pour laisser à chaque unité pédagogique son autonomie. Pensionnat, externat, collèges, lycées, gymnases s'élevèrent tour à tour dans la verdure et, plus que toute autre classe, l'école maternel­le, au milieu des fleurs, mérita le beau nom de jardin d'enfants.

habitants verneuil

De gauche à droite : Louis et Christian de Chateaubriand - Hippolyte, Edouard et Alexis de Tocqueville en 1806 - Suzanne et Marguerite de Morte fontaine en 1817 - Marguerite et Archambaud de Talleyrand-Périgord en 1845 - Mélanie, Louis et Ernest de Ligne en 1865